Centrale nucléaire au Sénégal : Retour sur une chimère de Wade

4 mars 2011 | Science

La crise énergétique est toujours là, lancinante comme une maladie incurable. Depuis plus de dix ans, les coupures intermittentes d’électricité hantent le quotidien des sénégalais. La population en souffre, leurs matériels bousillés, leur travail ralenti. La Senelec (société nationale d’électricité) nous électrocute avec des factures de plus en plus salées. « Les sénégalais sont fatigués » comme disait le défunt juge Kéba Mbaye.

Dans le but de solutionner ce problème récurrent, le président WADE, avec ’’sa grande vision’’ et ses ‘’idées qui jaillissent chaque minute’’, nous avait annoncé, il y a un an, un super projet : une centrale nucléaire. Une centrale qui assurera une production suffisante d’électricité et qui permettra à notre pays d’exporter du courant dans la sous-région. Mais depuis lors c’est motus et bouche cousue sur la question.

Nous savions, bien sûr, que l’idée en soi était très ambitieuse mais malheureusement chimérique. Seulement la presse ne s’est pas beaucoup appesantie sur le pourquoi un tel projet relevait de la fiction. C’est ce que nous nous évertuerons à faire sans avoir la prétention d’être exhaustif.

Ce serait une erreur de penser que le Sénégal ne regorge pas de scientifiques capables de diriger  un projet d’une telle envergure. A la faculté des Sciences et Techniques de l’UCAD, par exemple, il existe un laboratoire de physique nucléaire et une Institut de Technologie Nucléaire Appliquée (ITNA) pilotés par d’éminents professeurs de physique. Mais le problème réside dans l’environnement socio-économique du pays qui ne cadre nullement avec cette forme d’énergie pour plusieurs raisons.

Coût exorbitant

D’abord, une centrale nucléaire n’est pas un monument. Elle a un coup et pas des moindres. Vouloir l’installer au Sénégal c’est pratiquement y investir tout le budget du pays, ce qui risque d’entraîner un gouffre financier énorme. Et même si le financement venait des capitaux arabes par le biais de Karim WADE, par exemple, ce serait sans doute pire. Le journaliste d’investigation en saura davantage.

Après l’installation, un problème risque de surgir : le combustible. N’oublions pas que l’uranium est pour une centrale nucléaire ce que le pétrole représente pour une centrale électrique. Aujourd’hui, le marché de l’uranium est en plein effervescence. L’offre est largement inférieure à la demande qui s’accroit de plus en plus. C’est dire qu’une flambée des prix accompagnée d’une pénurie d’uranium risque de faire tâche d’huile dans le secteur. Il y a également la question des déchets radioactifs qui reste un des aspects les plus problématiques de l’énergie nucléaire et dont la gestion exige des sommes colossales.

Dans un tel contexte, il est presque évident que le Sénégal est loin de pouvoir intégrer le cercle des pays nucléarisés.

La sécurité

Ensuite, il y a l’aspect sécuritaire qui préoccupe plus d’un citoyen. La technologie nucléaire est extrêmement fragile parce que mettant en œuvre une infinité de procédés plus complexes les unes que les autres. Ce qui veut dire que les risques d’accidents sont multiples et multiformes. Aucune installation nucléaire au monde n’est à l’abri, tôt ou tard, d’une erreur humaine, d’une défaillance technique ou d’un évènement climatique. Tel, pour ne parler que d’évènements récents, ce grave incident qui a éclaté en Suède en juillet 2006. Un simple court-circuit avait mis à genoux un des réacteurs nucléaires du pays au point que l’Europe était passée à deux doigts de la catastrophe. On pourrait alors se demander ce que ça donnerait dans un pays comme le notre. Un pays où les coupures de courant n’épargnent même pas le palais présidentiel. Un pays où la lenteur et le manque de moyens des secouristes font froid dans le dos. Certains évènements aux allures dramatiques qui sont encore gravés dans nos mémoires peuvent en témoigner.

En 1992, par exemple, une citerne d’ammoniac avait explosé à la SONACOS faisant ainsi 30 morts et une centaine de blessés. Il a fallu l’intervention des hommes de l’armée française, déguisés comme des cosmonautes, pour limiter les dégâts. Nous nous rappelons également du Joola, la plus grande catastrophe maritime de l’histoire, avec un bilan effroyable – près de 2000 morts-. Tout le monde s’était indigné de la lenteur des secours qui s’étaient rendus sur les lieux plusieurs heures après le drame. A cela s’ajoutent les multiples accidents routiers, les immeubles qui tombent comme des châteaux de cartes et les nombreux incendies où les sapeurs s’illustrent toujours par leur retard.

Toujours en matière de sécurité, le site prévu pour abriter notre centrale –la région de Matam- peut  se révéler inapproprié, voire dangereux.  En effet, cette région présente deux handicaps majeurs : l’éloignement par rapport à la capitale et la canicule en été.

Etant donné que l’uranium, comme la plupart des produits exportés, arrive au Sénégal par le port de Dakar, son transport sur une distance aussi longue que Dakar-Matam (plus de 700km) exige des mesures de sécurité draconiennes, ce qui n’est pas toujours garanti au Sénégal.

La canicule, elle, constitue un danger en ce sens qu’elle peut provoquer  un surchauffage à l’intérieur d’un réacteur nucléaire. Or, nous le savons, les températures dans la région de Matam peuvent flirter avec les 45°C, voire plus, en été.

Partenariat douteux

Enfin, il y a que le partenariat que les dirigeants du pays veulent entretenir avec la France suscite quelques inquiétudes. Nous savons tous que l’Afrique continue de subir le colonialisme sous d’autres formes (la dette, l’accaparement des terres par les multinationales, l’exploitation sauvage des ressources…). C’est un secret de polichinelle, l’Afrique est devenue, pour les pays nantis, un dépotoir où ils déversent toutes sortes de produits de façon incontrôlable et incontrôlée. Comme la France est le pays le plus nucléarisé au monde et que les déchets radioactifs demeurent un énorme problème pour ce pays, il n’est pas exclu qu’elle tente de faire du Sénégal son réceptacle de résidus nucléaires. Cette hypothèse est tout à fait envisageable d’autant plus que nos autorités ont été suffisamment bornées pour signer des contrats fallacieux à l’image de celui qui lie la Senelec et  Gti.

Nous voyons donc qu’à tout point de vu, notre pays est loin de pouvoir se doter d’une centrale nucléaire. Ce ‘’très grand projet’’ reste pour le moment irréalisable. Et même s’il venait à se réaliser à travers une fédération d’Etats de la sous-région –comme avec la centrale hydroélectrique de Kayes au Mali-, alors le danger planerait au dessus de nos tètes au quotidien.

Mais au delà de tout cela, une centrale nucléaire au Sénégal est inopportune dans le contexte de changement climatique  où baigne le monde. Au moment où plusieurs Etats commencent à sortir du nucléaire pour explorer d’autres formes d’énergie plus propres, Wade devrait plutôt orienter sa ‘’grande vision’’ vers le développement des énergies solaire et éolienne  afin de résoudre les problèmes d’électricité du Sénégal.

Arouna BA

crédit photo : seneweb

  1. 7 Réponses à “Centrale nucléaire au Sénégal : Retour sur une chimère de Wade”

  2. vos propos sont tellement vrai. si nos dirigeants pouvaient penser ainsi…

    Par seck le 4 mar 2011

  3. mes ces énergies solaires et éoliennes coûtent les yeux de la tête, elles aussi!
    Mais je crois que Wade peut prendre les sous du monument de la renaissance pour démarrer ces énergies renouvelable.

    Par Zarathoustra le 4 mar 2011

  4. Ce matin j’ai entendu à la radio un expert en énergie réfuter cette thèse. il dit les énergies renouvelables ne sont pas si coûteuses kon le crois car il n’y a pas beaucoup de charges contrairement aux énergies fossiles

    Par BA le 4 mar 2011

  5. merci pour l’info. mais je l’aimerais en détails!
    Amitiés

    Par Zarathoustra le 5 mar 2011

  6. Wade nous a habitué à ses délires depuis longtemps. Comment parler d’énergie nucléaire alors qu’on n’arrive même pas à avoir du courant normalement; aucune politique pour profiter des énergies renouvelables. Franchement çà me fait rigoler. J’aimerai bien qu’il nous dise où en est son projet de tgv?

    Par Dia le 5 mar 2011

  7. C vré k depuis l’alternance on a eu droit à bcp de projet à la limites irréalisables dans le contexte actuel. je me rapel encore du projet « machine à mafé ». Parfois c’est com si le président prend le peuple pour des canards. Mé bon ! TGV mome c pas pour demain c sûr.

    Par BA le 5 mar 2011

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